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26 octobre 2008 7 26 /10 /octobre /2008 02:11



Définition du conte ?

 

Il n'est pas évident de définir le conte, ces “ mensonges véridiques ” qui traduisent l'expression d'une pensée ancestrale ou contemporaine imprégnée de vécus et d'imaginaires. Ce sont des réponses heureuses à des requêtes existentielles, des réponses rationnelles et fantaisistes à diverses interrogations.

 

Toutes les sociétés humaines ont connu une longue période d’oralité. Et celles qui n’ont pas développé, ni connu assez tôt l’écriture ont au moins gardé une façon spécifique de différencier la parole fictive qu’est le conte des autres propos de la vie courante.

Les différents artifices que les anciennes sociétés ont su utiliser dans ce cas de figure développent une esthétique particulière sur laquelle certains conteurs, comme moi, s’appuient énormément dans leur travail.

Cette esthétique de l’oralité, telle qu’elle a été léguée par les anciens, est remplie de savoir-faire et de savoir être, de savoir entendre et de savoir restituer.  
                      

aaaaaaa

   

Amadou Hampâté Bâ (vous apprendrez à mieux le connaître plus tard... http://www.ricochet-jeunes.org/rech.asp?id=23) faisait allusion à la profondeur de toute cette richesse en disant trois choses très importantes :

1-                   «En Afrique, lorsqu'un vieillard meurt, c’est toute une bibliothèque qui brûle !» 

2-                   « Le conte est un message d’hier, adressé à demain, mais dit aujourd’hui.»

3-                   « Conte, conté, à conter... Es-tu véridique ?

Pour les bambins qui s’ébattent au clair de lune, mon conte est une histoire fantastique. Pour les fileuses de coton pendant les longues nuits de la saison froide, mon récit est un passe-temps délectable.

Pour les mentons velus et les talons rugueux, c’est une véritable révélation.

Je suis à la fois futile, utile et instructeur... »

                                                                  



Un conte pour vous mettre en appétit, voulez-vous bien ?

Vous lirez d’abord le conte original.

Puis la version retravaillée.
Me direz-vous ce que vous en pensez ?

NB :  n'oubliez jamais qu'un conte, contrairement au roman, au récit, à la  nouvelle, à la poésie... n'est pas d'abord fait pour être lu, mais entendu. Exactement comme pour le théâtre qui, même écrit, n'est vivant que joué ! Vivement la vidéo sur ce blog avec des sons...

 

Le conte des sables

(d’origine Soufi)

 

Née dans les montagnes lointaines, une rivière traversa bien des contrées pour finalement atteindre les sables du désert. De même qu'elle avait franchi tous les autres obstacles, la rivière essaya de passer celui-là mais elle s'aperçut qu'au fur et à mesure qu'elle coulait dans le sable, ses eaux disparaissaient.

Elle était certaine cependant que son destin était de traverser le désert. Mais par quels moyens ?...  C'est alors qu'une voix cachée, une voie venue du désert, murmura : - Le vent traverse le désert, la rivière peut en faire autant.

La rivière répliqua qu'elle se jetait contre le sable et ne parvenait qu'à être absorbée ; que le vent, lui, pouvait voler et ainsi traverser le désert.

- En t'élançant de la façon qui t'est coutumière, tu ne traverseras pas. Tu ne peux que disparaître ou devenir à un marécage. Tu dois laisser le vent t'emporter à ta destination.

- Mais comment est-ce possible ?
- En te laissant absorber dans le vent.

Cette idée était inacceptable pour la rivière. Après tout, elle n'avait jamais été absorbée auparavant. Elle ne voulait pas perdre son individualité : une fois perdue, comment pouvait-on être sûr de jamais la retrouver ?

Le vent remplit cette fonction, dit le sable. Il absorbe l'eau, la porte au-dessus du désert puis la laisse retomber. L'eau tombe en pluie et redevient rivière.

- Comment puis-je savoir si c'est la vérité ?

- C'est ainsi. Et si tu ne le crois pas, tu ne pourras devenir rien de plus qu'un marais et cela même peut prendre bien des années. Et ce n'est certainement pas la même chose qu'une rivière.

- Mais ne puis-je demeurer la rivière que je suis aujourd'hui ?

- De toute façon tu ne peux rester la même, dit le murmure. La part essentielle de toi-même est emportée et forme à nouveau une rivière. Même aujourd'hui, tu portes ce nom parce que tu ne sais pas quelle part de toi-même elle la part essentielle.

Quand elle entendit ces paroles, certains échos s'éveillèrent dans les pensées de la rivière. Vaguement, elle se souvient d'un état où elle -ou était-ce une partie d'elle-même ?- avait été dans les bras du vent. Elle se souvient aussi -mais était-ce un souvenir ?- que c'était cela qu'elle devait faire. Même si la nécessité ne s'en imposait pas.

                           sssssss
Alors la rivière éleva ses vapeurs jusque dans les bras accueillants du vent. Et celui-ci, doucement, et sans effort, les souleva et les emporta au loin, la laissant délicatement retomber dès qu'elles atteignirent le sommet d'une montagne, à bien des lieux de là. Et parce qu'elle avait douté, la rivière put se souvenir et enregistrer dans son esprit avec d'autant plus d'acuité les détails de l'expérience. "Oui, j'ai appris maintenant ma véritable identité" se dit-elle.

La rivière commençait à apprendre. Mais les sables murmuraient : "Nous savons parce que nous voyons cela arriver jour après jour et parce que nous, les sables, nous nous étendons de la rivière à la montagne".

Et c'est pourquoi l'on dit que les voies qui permettent à la Rivière de la Vie de poursuivre son voyage sont inscrites dans les Sables.

 

 

 

La version qui deviendra orale, à conter ! Je l'ai intitulée "Le voyage de la rivière" ! 

 

 

Korobozi ? Koroboza !

Robozi ? Roboza !

Bozi ? Boza !

Zi ? Za !

Zi ? Za !

Bozi ? Boza !

Robozi ? Roboza !

Korobozi ? Koroboza !

 

 

C'est l'histoire d'une petite goutte d'eau.

Une petite goutte d'eau qui est née au creux du sommet d'une grande montagne.

Et cette petite goutte d'eau a décidé de quitter le creux douillet de sa montagne et de voyager.

D'où lui vient ce rêve, nul ne le sait ! Car on ne sait toujours pas d'où viennent de si grands rêves. Toujours est-il que la petite goutte d'eau a décidé de voyager.

 

Alors, cette petite goutte d'eau s'est agrandie pour devenir un marigot. Et le marigot s'est étendu pour se transformer en un marécage puis une grande étendue d'eau. Et cette étendue a débordé et s'est transformée en rivière.

Et la rivière continua le rêve de la goutte d'eau qui a décidé de voyager.

Et alors, la rivière a poursuivi le voyage depuis le sommet de la montagne. Elle a contourné les rochers, dépassé les cailloux pour se retrouver sur le rebord de la montagne. Et là, la rivière a jeté un coup d'oeil de l'autre côté. Ouuuaoh ! s’est-elle écriée, que le monde est grand, que le monde est beau !

Plus que jamais la rivière n'avait qu'une envie, poursuivre son voyage.

 

                  lllllll

Alors, la rivière s'est jetée du sommet de la montagne. Entre-temps, elle s'est transformée en cascade pour enfin se précipiter loin, tout en bas dans une grande forêt verdoyante.

Dans la forêt, elle s'est tracé sa route, déplaçant d'énormes pierres, déracinant quelques arbres, balayant les arbustes, dégageant tout sur son chemin pour enfin parcourir toute la forêt jusqu'à se retrouver dans la plaine qui est de l'autre côté. Elle était fière de son parcours, de ses élans, de toutes ses découvertes et surtout de son énergie. "C'est vraiment beau ! Je suis suffisamment forte pour poursuivre ce voyage !" pensa-t-elle.

Alors la rivière traversa la plaine sans faire autant d'effort que dans la forêt. Elle s'était agrandie. Elle s'était allongée. Elle était fière, contente et heureuse de ne trouver aucune résistance dans sa progression. Et c'est ainsi que, bravement, elle arriva de l'autre côté de la plaine, devant les bancs de sable du désert.

Elle leva la tête et fut impressionnée par cette grande étendue de sable. Devant elle, du sable et du sable à perte de vue. Elle était heureuse d'être arrivée jusque-là. Voici donc un autre défi à la taille de son ambition de poursuivre le voyage.

Alors, elle se jeta dans les bancs de sable mais, fluk, fluk, fluk, elle fut avalée !

"Non, impossible ! Ça ne se passera pas comme ça", se dit-elle !

Elle recula, rassembla toutes ses forces et son énergie et se jeta à nouveau dans les bancs de sable.

Mais, une deuxième fois, fluk, fluk, fluk, elle fut encore avalée.

Elle n'en croyait pas ses yeux, ni son énergie ni son courage.

Alors, pour une troisième fois elle recula, rassembla plus que toutes ses forces et son énergie et se jeta furieusement, pour une troisième fois décisive dans les bancs de sable. Mais, fluk, fluk, fluk, jamais deux sans trois, elle fut encore avalée.

A ce moment précis, un murmure venu de nulle part lui chuchota à l'oreille :

- Rivière, si tu t'y prends de cette façon-là, tu ne peux pas traverser le désert ! Tu n'y arriveras jamais ! Tu finiras par devenir juste un marais ou un marécage. Si tu veux traverser le désert, tu dois renoncer à ta nature de rivière pour chercher au fond de toi ce qui fait ta spécificité, ton originalité, ton individualité. C'est seulement avec ça que tu peux traverser le désert !

- Mais si je ne suis plus rivière, je ne suis plus rien. Si jamais je renonce à mon état de rivière, je ne pourrai plus rien faire.

Oui, la rivière était brusquement pleine de doute et d'hésitations. Elle qui avait parcouru sans entrave plusieurs grands obstacles, elle était bien malheureuse et peut-être un peu honteuse d'être bloquée juste par du sable. Mais le murmure lui rétorqua de la façon suivante :

- Dans tous les cas de figure, Rivière, si tu t'y prends de la façon dont tu procèdes-là, tu ne finiras qu'en marais ou en marécage. Alors, cherche au fond de toi ce qui fait ta spécificité, ton originalité, ton individualité et ainsi, peut-être, parviendras-tu à traverser le désert.

 

Korobozi ? Koroboza !

Robozi ? Roboza !

Bozi ? Boza !

Bozi ? Boza !

Robozi ? Roboza !

Korobozi ? Koroboza !

 

Alors, la rivière repartit dans ses souvenirs et  refit le chemin à l'envers.

                             sssssss
Elle traversa dans son esprit la plaine, reprit tous les pans de la forêt et se retrouva au pied de la montagne. Elle la gravit jusqu'au moment où elle était cascade, se retrouva au sommet de la montagne et passa les étapes où elle dépassait les pierres, les cailloux et autres rochers, pour se retrouver marécage, marigot et goutte d'eau.

Et même, avant d'être goutte d'eau, elle découvrit sa nature intime, profonde. Elle commençait à se rendre compte du secret que le murmure voulait lui faire entendre. Découvrant ainsi ce qui faisait sa spécificité, son originalité, son individualité.

Lorsqu'elle revint très vite devant les bancs de sable, elle laissa ses vapeurs d'eau, ses petites molécules, sa nature atomique monter doucement. Et ces dernières  furent emporter par les bras accueillants du vent qui les transporta au loin, pour les poser vraiment très loin de là, sur une autre montagne.

Elle était heureuse, la rivière !

"Je commence à comprendre", dit-elle.

Parce qu'elle avait douté, elle se souvient avec acuité de tous les moments de cette expérience.

"Oui, je commence à comprendre", dit-elle à nouveau !

Oui, c'est vrai qu'elle commençait à comprendre et c'est pour ça qu'elle était heureuse.

Mais, les bancs de sable ont commencé à rire aux éclats et à se moquer en disant :

- Oh oui, il vaut mieux tard que jamais ! Nous, les bancs de sable, nous voyons ça s'opérer tout le temps, car nous allons de la montagne au désert et du désert à la montagne.

Toujours est-il que la rivière avait besoin, elle-même, de faire son propre voyage initiatique, à son rythme, avec ses joies et ses peines, dans ses hésitations et ses doutes.

                mmmmmmm
C'est pour cela que l'on dit que les chemins qui permettent à la rivière de la vie de poursuivre son voyage sont inscrits dans les bancs de sables.

 

Zi ? Za !

Bozi ? Boza !

Robozi ? Roboza !

Korobozi ? Koroboza !

Korobozi ? Koroboza ! 



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  • : Ce blog a pour objectif principal de présenter le parcours, les animations, les recherches et le travail de création de Rogo Koffi FIANGOR. Il n'est pas mis à jour au quotidien mais relève les événements principaux qui meublent mon activité de comédien conteur. Mon concept de travail en matière de contes s’enferme dans le sigle suivant : VIDEM. Voyage – Instruction – Distraction – Education – Médiation. J’écris beaucoup. 2 livres publiés. Un CD. Mais beaucoup de manuscrits en attente d’intérêts…
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